Canicule, grêle localisée et orages dans le Piémont : une année difficile pour les vignerons
Je repense souvent aux étés entre 2012 et 2019, lorsque je vivais dans le Piémont. Trois ans à Barbaresco, trois ans à Barolo et un an dans le Monferrato. Les étés ont certes été chauds. Certains ont même été particulièrement torrides. Mais ce que nous vivons aujourd’hui semble différent.
L’été 2026 semble ne jamais vouloir prendre fin. La chaleur persiste, la pluie se fait rare et lorsque le ciel finit par s’ouvrir, Mère Nature ne s’y prend pas vraiment avec délicatesse.
Dans certaines régions viticoles italiennes, les vendanges avaient déjà commencé à la mi-juillet. Dans le Piémont également, on s’attend à ce que les vendanges commencentcette année deux à trois semaines plus tôt que d’habitude.
Et c’est ainsi que commence pour le vigneron piémontais une période où il n’a plus grand-chose à contrôler.
Le changement climatique n’est plus un sujet de débat dans les vignobles
Il y a quelques années, la militante pour le climat Anuna De Wever s’était longuement exprimée sur le changement climatique et ses conséquences. Aujourd’hui, l’attention médiatique accordée à ce sujet semble avoir diminué.
Mais dans les vignobles du Piémont, le climat n’est pas un sujet de discussion théorique.
On le voit. On le ressent. Et surtout : on doit composer avec.
La récolte de 2026 s’annonce comme l’une des plus difficiles jamais connues. Non seulement en raison de la sécheresse et de la chaleur persistantes, mais aussi à cause d’une météo de plus en plus imprévisible.
Les tempêtes et les averses de grêle balayent de petites zones et provoquent parfois littéralement des mini-catastrophes à quelques kilomètres les unes des autres.
Prenez par exemple la tempête et la grêle de cette semaine dans les environs de Barolo.
Au sein d’une même appellation, on a pu observer d’énormes différences. À Roddi, il serait tombé entre 70 et 80 millimètres de pluie en moins d’une heure, causant de graves dégâts aux vignes. À Serralunga d’Alba, on a eu droit à une averse normale. Et à Monforte d’Alba, le temps est tout simplement resté sec.
Trois villages, une même région viticole et trois situations totalement différentes.
C’est peut-être là l’aspect le plus angoissant du climat actuel : on ne peut pratiquement plus prédire ce qui va se passer dans son vignoble dans quelques heures, et encore moins dans quelques semaines.
Cela donne des cheveux blancs au vigneron
Pour un viticulteur, cela signifie des nuits blanches, des soucis permanents et des choix de plus en plus difficiles.
L’un de nos vignerons, Cascina Gavetta à Novello,en est un bel exemple . Ils ont planté un nouveau vignoble avec des vignes âgées d’à peine un an.
Chaque soir, l’arrosage se fait à la main.
Chaque soir, encore et encore.
Non pas par plaisir, mais parce que les jeunes plants doivent tout simplement être protégés contre la sécheresse extrême.
Ce sont des images qui restent gravées dans la mémoire. Un viticulteur qui s’occupe de l’arrosage à la tombée de la nuit, alors qu’un vignoble devrait en réalité recevoir suffisamment de pluie pour que la nature fasse son travail.
« Dans la cantina, on peut difficilement se tromper… »
Umberto Fracassi m’a dit un jour :
« Pour notre Nebbiolo destiné au Barolo, nous devons veiller à ce que tout se passe parfaitement bien dans le vignoble. À la cave, on peut en fait difficilement se tromper. »
Cette phrase m’est toujours restée en mémoire.
Car c’est précisément là que réside aujourd’hui le plus grand défi.
Le vigneron a beau travailler avec le plus grand soin dans la cave, il ne peut pas grand-chose contre les caprices de la nature.
Une averse de grêle de dix minutes peut ruiner une année de travail.
Quelques semaines de chaleur extrême peuvent complètement bouleverser le développement des raisins.
Un manque de pluie peut littéralement pousser les jeunes vignes à leurs limites.
Et pourtant, on pense souvent : une récolte plus précoce, donc un meilleur vin ?
Ce n’est malheureusement pas aussi simple que cela.
Une récolte plus précoce ne signifie pas automatiquement un meilleur vin
Les températures élevées accélèrent la maturation des raisins. Mais cela ne signifie pas nécessairement que tout s'améliore.
Sous l’effet de la chaleur, la teneur en sucre peut augmenter rapidement, tandis que l’acidité diminue. Parallèlement, la vigne elle-même est soumise à un stress énorme.
Un raisin peut donc paraître « mûr » d’un point de vue glycémique, alors que d’autres éléments essentiels à l’équilibre et à la complexité du vin n’ont pas encore atteint le même niveau.
Une récolte précoce n’est donc absolument pas une garantie de qualité.
Beaucoup dépendra de ce que nous réserveront les semaines à venir, ainsi que des décisions que chaque vigneron prendra individuellement.
Et c’est précisément là que l’on constate à nouveau à quel point les approches peuvent être différentes.
Chaque domaine viticole cherche sa propre façon de faire face à ces conditions exceptionnelles.
À Montalbera, par exemple, le Ruchè est récolté de nuit, au clair de lune.
Une image magnifique.
Mais derrière ce tableau romantique se cache aussi une raison très pratique : on essaie de ramener les raisins aussi frais que possible et de limiter les effets de la chaleur.
Les vacances ? Elles pourraient bien se passer différemment cette année
Traditionnellement, de nombreux vignerons piémontais prennent leurs vacances à cette période, entre le 10 et le 23 août environ.
S'éloigner un peu du vignoble.
Un peu de repos.
Un peu de temps pour la famille.
Mais je me demande combien de vignerons partent vraiment en vacances l'esprit tranquille cette année.
Car tandis que nous savourons peut-être un verre de Barolo ou de Barbaresco en terrasse, le vigneron observe le ciel.
Va-t-il pleuvoir ?
Combien ?
Va-t-il y avoir de la grêle ?
Quand faut-il vendanger ?
Les raisins sont-ils mûrs ?
Comment évolue l'acidité ?
Et surtout : quel temps fera-t-il demain ?
Le viticulteur peut faire beaucoup de projets aujourd’hui.
Mais au final, il reste à la merci d’un élément sur lequel personne n’a de contrôle.
Mère Nature.
Et celle-ci se montre particulièrement capricieuse en 2026 dans le Piémont.
À suivre
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